Surdose médiatique et santé des jeunes :
les faits, les dommages, les solutions

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Objectifs

En plus de véhiculer une multitude de contenus, y compris des publicités incitant à la consommation de produits souvent malsains, les écrans de télévision, d'ordinateur et de jeux vidéo sont, en soi, les objets de consommation préférés des jeunes du Québec, du Canada, de l'Amérique de l'Europe. Le temps passé devant ces écrans joue un rôle majeur dans le développement des habitudes de vie des enfants et des adolescents.

Déjà, au milieu de la décennie 70, les messages transmis par les écrans avaient atteint une puissance telle que les législateurs québécois, tous partis réunis, adoptaient une loi de protection du consommateur interdisant la publicité aux moins de 13 ans. Depuis plus de 30 ans, le Québec reste seul, en Amérique du Nord, à protéger ses enfants par voie législative.

Cette vision des décideurs publics s'est trouvée confirmée par la puissance croissante des messages publicitaires ciblant les enfants. La hausse vertigineuse des budgets publicitaires ciblant les enfants de nos voisins du sud sont éloquents: ils sont passés de 100 millions $US en 1983 à 17 milliards en 2007. C'est 170 fois plus !

Cette manne de dollars a eu pour effet d'accentuer la rivalité entre les diffuseurs, ce qui les a conduit à redoubler d'audace pour attirer un nombre accru d'enfants devant les écrans, capter leur attention, y compris celle des marmots dans leur berceau, et en faire des consommateurs dociles. D'où, en Europe et en Amérique, des chaînes ou des DVD qui s'adressent aux bébés.

La loi québécoise interdisant la publicité ne règle pas tout

Trente années après l'entrée en vigueur de la loi interdisant la publicité aux moins de 13 ans, cinq constats retiennent l'attention des protecteurs de l'enfant.

  1. La loi ne remplace pas la protection des enfants par les parents et l'obligation d'aiguiser le jugement critique des jeunes. Les parents ont besoin d'encouragements et de moyens pour prolonger l'action protectrice du législateur et fournir un encadrement éclairé à leur progéniture.
  2. La loi québécoise interdisant la pub aux moins de 13 ans fait l'envie de nos voisins du Canada et des États-Unis. Alors comment se fait-il que d'autres provinces et états voisins n'ont pas emboîté le pas? Que pensent nos concitoyens du Canada et des États-Unis de la publicité qui prend les enfants pour cibles? Il serait étonnant que la nation québécoise soit seule à vouloir protéger ses enfants des experts en marketing. Aurions-nous omis de renseigner nos voisins sur les avantages obtenus suite à cette loi? Le lobby de l'industrie en faveur d'une approche auto-régulatoire aurait-il réussi à entretenir des illusions chez les parents?
  3. On ne doit pas se surprendre que la sollicitation publicitaire ciblant les enfants hors du Québec ait fini par affecter nos enfants. La protection juridique des enfants québécois francophones dans un océan anglophone ne pouvait pas -et ne pourra jamais- être parfaitement étanche. La sollicitation publicitaire ne respecte pas les frontières. Quels moyens va-t-on prendre pour protéger les enfants efficacement?
  4. La loi québécoise ne fournit pas de protection juridique après l'âge de 12 ans et les experts en marketing savent tirer profit de la vulnérabilité des ados. Comment aide-t-on les jeunes de 13 à 18 ans à se protéger de la publicité? Faut-il laisser les jeunes « invulnérables » apprendre à se débrouiller seuls? Le déséquilibre entre le pouvoir de séduction des publicitaires et le tempérament présomptueux des ados ne laisse pas de doute. On peut bien blâmer les jeunes et leurs parents, cela ne remplace pas l'urgence de fournir aux familles et aux écoles les moyens d'outiller les jeunes.
  5. La publicité ne représente qu'une partie de la consommation médiatique des jeunes. Les impacts négatifs vont bien au-delà de la sollicitation publicitaire. Quels produits culturels les concepteurs et les diffuseurs de produits culturels offrent-ils aux jeunes pour les captiver? À quelles stratégies recourent-ils pour les atteindre, quels canaux médiatiques utilisent-ils? Comment nos sociétés pourraient-elles aider leurs jeunes citoyens à développer une consommation éclairée, responsable? Comment pourrait-on faire contrepoids à l'impact négatif de la consommation médiatique et susciter l'adoption de saines habitudes de vie chez les générations futures?

La surexposition aux écrans coûte cher: sédentarité et agressivité

En avril 2010, les familles canadiennes recevaient le bulletin de santé de leurs enfants. En résumé, l'obésité progresse et le temps consacré à l'activité physique diminue. On peut regarder la nouvelle diffusée par Radio-Canada.

« Les enfants et les adolescents Canadiens obtiennent un F pour la quatrième année consécutive pour leurs niveaux d'activité physique. » Le rapport annuel de Jeunesse en forme Canada indiquait que trois enfants et ados sur quatre ne font pas suffisamment d'activités physiques.

Le bulletin montre aussi que les jeunes passent 6 heures devant un écran les jours de semaine, et plus de 7 heures la fin de semaine, pour un total de 44 heures/semaine. Les chercheurs ajoutent que ce temps passé devant un écran engendre des conséquences diverses: diminution des rendements scolaires et comportements à risques, notamment la consommation de tabac et d'alcool.

Pour les responsables de santé publique et les parents, la consommation médiatique pose problème. Les écrans nuisent au sain développement physique, psychologique et social de la jeunesse.

Obésité

Diverses études ont relié le temps passé devant l'écran à la propagation de diverses habitudes de vie malsaines, notamment la pandémie d'obésité qui affecte un pourcentage croissant de jeunes dans tous les pays du monde. Une étude rendue publique récemment par Statistique Canada révèle que le simple fait de regarder la télévision abaisserait le métabolisme plus que la lecture, (1,3) pratiquement au niveau du sommeil (1,0 pour la télévision comparativement à 0,9 pour le sommeil). Les propos de Madame Julie Mandeville rapportés dans Le Devoir en juin 2008 sont sans équivoque : « Du point de vue de la santé publique, il est plus rentable d'éloigner les jeunes de la télé que de faire la promotion de l'activité physique. »

Violence

Le contenu violent fait lui aussi problème. Le Dr Frederick Zimmerman (Université de Washington) a suivi 1300 enfants de 4 ans jusqu'à 11 ans. L'étude qu'il a pilotée lui a permis d'affirmer que « chaque heure passée devant la télé augmente de 9% la probabilité de devenir tyran de cour d'école. » Selon lui, l'intimidation (bullying) vient s'ajouter à d'autres « conséquences potentiellement négatives de la consommation excessive de télé telles que l'obésité, l'inattention et l'agressivité. »

À peu près au même moment, trois grands quotidiens de Baltimore, Los Angleles et Washington reprenaient les données tirées d'une étude rapportée dans l'édition de mars 2002 du magazine Science. L'équipe du psychiatre Jeffrey Johnson, de l'Université Columbia, avait suivi durant 17 ans, 700 ados du Nord de l'État de New York, choisis au hasard. Les chercheurs ont comparé le vécu des jeunes après les avoir regroupés en trois sous-groupes selon leur consommation de télé à l'adolescence. Parmi ceux qui...

  1. consommaient moins de 1 h/sem de télé, 6% avaient un dossier criminel violent.
  2. en avaient consommé entre 1 et 3 heures, 22,5% avaient un dossier criminel violent.
  3. en avaient consommé plus de 3 h/sem, 29% avaient un dossier criminel violent.

La conclusion de l'étude est claire: il existe un lien entre la consommation télévisuelle des ados et leur comportement criminel à l'âge adulte. « Les parents ne devraient pas laisser leur enfant regarder la télé plus d'une heure par jour » croit Johnson. Le chercheur a constaté que le facteur télé a produit un impact supérieur à 6 autres paramètres: avoir souffert de négligence durant l'enfance, le comportement agressif à l'adolescence, la violence présente dans le voisinage, les troubles psychiatriques, le revenu des parents et leur niveau de scolarité.

Selon Leonard Eron, chercheur à l'Université du Michigan, le facteur télé saute aux yeux. « J'aurais été porté à croire que les ados étaient moins affectés que les enfants" affirme Eron, qui réalise des études sur le lien télé-agression depuis le début de la décennie 1960. "L'étude de Johnson démontre que les effets de la consommation télévisuelle gagnent du terrain. »

Le nombre de scènes violentes diffusées à la télé ne diminue pas. Deux chercheurs de l'Université Laval ont comptabilisé le nombre d'agressions diffusées aux heures d'écoute des jeunes depuis 1995, année où les réseaux ont promis de s'autoréglementer. La violence véhiculée par les télédiffuseurs privés a augmenté de 432% entre 1995 et 2003, malgré les engagements fermes qu'ils avaient pris en 1994.

Le Directeur du Media and Child Health Center à l'Hôpital pour enfants de Boston et porte-parole de l'American Academy of Pediatrics (AAP), le Dr Michael Rich déclare que « plus de 3500 études ont reconnu le lien entre le spectacle de la violence des médias et le comportement violent. » Malgré ces études quasi unanimes, des organismes d'éducation aux médias utilisent leurs interventions auprès des écoles pour répéter que l'influence des divertissements violents sur le comportement des jeunes est une question « controversée ». Ces organismes financés par l'industrie invoquent quelques études négationnistes pour rejeter les demandes de la population du Canada et du Québec : 70% des Canadiens se disent convaincus que les scènes violentes influencent le comportement des jeunes, et 80% pensent que les pouvoirs publics devraient réglementer l'utilisation de la violence à la télévision (86% au Québec).

Autres troubles reliés à l'exposition aux écrans

D'autres facettes de la consommation médiatique affectent le développement de saines habitudes de vie chez les jeunes:

  1. Selon la société canadienne de pédiatrie, la consommation médiatique touche aussi le tabagisme et l'alcoolisme, une image négative de soi, de même que des attitudes et comportements sexuels à risque.
  2. D'autres impacts sur les habitudes de vie ont suscité la curiosité des chercheurs: perte de compassion, dépression, peurs et phobies, cauchemars et perturbation du sommeil, conduite automobile criminelle, désordres alimentaires (anorexie), réussite éducative, déficit de l'attention et hyper-activité, abandon scolaire, etc.
  3. Des chercheurs de l'Université Yale ont passé en revue 1800 études différentes et ont vérifié les conclusions des 173 plus importantes sur divers paramètres « santé ». Conclusion? En plus de l'obésité, les impacts suivants sont confirmés: tabagisme, comportement sexuel, consommation de drogues et d'alcool, faibles résultats scolaires et déficit d'attention.

Oeuvrer de concert

Face à la croissance de l'exposition des jeunes aux écrans, les milliers d'intervenants en santé et en éducation ne font pas le poids. Habitués de fonctionner en silos, les services publics demeurent impuissants à protéger efficacement la population-jeunesse et à renseigner les parents sur les impacts des écrans.

Cela permet de conclure que le Canada ne se conforme pas à l'article 17 de la Convention Internationale des Droits de l'enfant qui stipule que les États signataires s'engagent à prendre des mesures pour « protéger les enfants contre les matériels audio-visuels qui nuisent à leur bien-être ».

Comment le Québec peut-il assurer à ses enfants une protection adéquate contre les impacts des écrans ? C'est la question centrale à laquelle veut répondre le 2e colloque SURDOSE MÉDIATIQUE.

C'est dans ce contexte que le Y des femmes de Montréal et Edupax ont décidé de donner suite au 1er colloque tenu à Gatineau en novembre 2009. Le 2e colloque SURDOSE MÉDIATIQUE et SANTÉ des JEUNES réunira une trentaine d'experts préoccupés par le développement de saines habitudes de vie des jeunes.

Les chercheurs, les éducateurs et les représentants d'organismes auront l'occasion de partager leurs connaissances, leurs succès et leurs échecs, avec des parents, des enseignants, des intervenants en santé publique et en éducation, des conseillers pédagogiques et des cadres scolaires, des policiers, des décideurs publics et des représentants des médias.

Les organisateurs de ce 2e colloque souhaitent insuffler à notre société, de la famille jusqu'à la direction des ministères concernés, une volonté commune qui permette à des milliers de citoyennes et de citoyens de serrer les coudes pour mener des actions pour une consommation médiatique éclairée. La société québécoise se doit d'informer ses jeunes sur les impacts des écrans sur leurs habitudes de vie et sur les impératifs qui régissent les industries qui utilisent ces mêmes écrans pour leur vanter une alimentation malsaine et les garder sédentaires.

Le comité organisateur compte sur votre présence et vous invite à inviter vos membres et vos contacts à s'y inscrire.